Un des deux derniers sabotiers d’Alsace
Coup de Coeur Publié le 12 Novembre 2015

Un des deux derniers sabotiers d’Alsace

Un jour Romain Speisser en a eu assez de poireauter deux heures par jour dans les bouchons pour se rendre à son travail à Strasbourg où il travaillait dans une entreprise de prêt à porter. Et il est devenu sabotier. « En fait j’ai mis tout ce que je savais faire et tout ce qui me passionnait dans un shaker : ma passion du bois, de l’histoire et des vieux métiers… j’ai secoué et il en est sorti le métier de sabotier. Je mettais déjà des sabots pour aller au jardin ou nourrir mes poules. Je n’avais plus qu’à apprendre le métier. »

Visite chez un sabotier encore en activité au-dessus de Munster et chez un ancien du val de Villé, qui l’ont formé l’un et l’autre. Et en août 2012, le voilà devenu sabotier dans sa belle maison de Rosheim. Il est un des deux derniers sabotiers d’Alsace et un des quinze survivants de France. Il a investi dans d’antiques machines datant de 1922 qu’ils jugent « inusables ». Il y a la copieuse, qui donne la forme du sabot en reproduisant mécaniquement le modèle de la même pointure, le poussoir, la rouanne et la cuiller qui creusent l’intérieur, le paroir pour parfaire et lisser l’extérieur. Au final, il n’y a plus qu’à rajouter une bride en cuir qui donnera davantage de confort au niveau du coup de pied.

Romain Speisser produit 400 à 600 pairs de sabots par an. Ses clients sont souvent des « anciens », qui se demandent comment on peut porter autre chose que des sabots : il parait qu’il y en a encore. Des défenseurs de l’environnement qui mettent leurs pieds en cohérence avec leurs idées : un sabot, c’est 100% naturel, 100% bio dégradable, 100% isolant, « c’est du goretex naturel, explique le sabotier : frais en été, chaud en hiver. » Des professionnels qui s’en servent comme chaussures de sécurité : des forgerons, des couteliers… Et puis tous les groupes folkloriques ou carnavalesques qui aiment se chausser à l’ancienne tant pour le look que pour le bruit que produit le sabot, qui fait que vous ne passez jamais inaperçu.

Il parait qu’il y a même des kinés, qui le recommandent à leurs patients : le sabot, par la démarche qu’il confère au piéton, éviterait bien des problèmes de dos. En tout cas, Romain Speisser les enfile aussi souvent qu’il le peut et pas seulement pour aller au jardin ou nourrir ses poules. C’est bien ce qui le distingue du cordonnier : lui est toujours bien chaussé.

Crédit photos : Jean-Paull Kayser

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Patrimoine
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