L’explorateur des gravières
Coup de Coeur Publié le 04 Mai 2016

L’explorateur des gravières

Une gravière, c’est un endroit artificiel, creusé par l’homme le plus souvent à proximité des grands fleuves, où il va chercher avec pelleteuses et autres gros engins de chantier graviers, galets ou roches. Quand l’homme et les machines se retirent, ces gravières reviennent à l’état naturel : végétal, amphibiens, poissons… Et ça, ça passionne Serge Dumont. Et depuis longtemps : « Petit, j’allais à la pêche à la truite avec mon père. Les milieux aquatiques m’ont toujours attiré. Quand j’étais enfant, je prenais déjà des tas de photos animalières. Et puis j’ai bassiné mes parents pour faire de la plongée. » Pas pour battre des records de profondeur mais pour découvrir les gravières de l’intérieur, à vue d’œil de poisson. Et puis comme la passion ne suffisait pas, c’est devenu un métier : fac de bio, doctorat, Serge Dumont est aujourd’hui docteur en sciences, enseignant chercheur au laboratoire Image Ville Environnement de l’Université de Strasbourg, où il étudie… les gravières et la vie qui s’y trouve natürlich.

« Le monde des gravières n’avait pas forcément très bonne réputation. Alors, j’ai pris des films. » Et des bons ! Primés dans les meilleurs festivals aquatiques du monde entier. Et de palme en tuba, Serge Dumont réalise que non seulement les gravières sont méconnues, mais qu’en plus elles sont mal gérées voir carrément abîmées. Et le voilà qui mène deux combats de front. D’abord inciter les plongeurs à respecter leur environnement : le docteur en sciences de l’Université de Strasbourg est à l’origine de la charte nationale de la plongée en eau douce adoptée en 2011… pour apprendre à plonger en douceur. Ensuite tout faire pour le respect de la biodiversité : « Je veux empêcher que les gravières deviennent des carpodromes. » L’élevage intensif des carpes détruit la végétation et donc menace les autres espèces animales et est très polluant.

« Vous savez, dans les gravières, on trouve une vie phénoménale. Mes préférés ce sont les grèbes huppés, qui se font sans arrêt des mamours et plongent jusqu’à 30 mètres, et les colonies de bryozoaires.  Récemment, j’ai redécouvert dans deux gravières alsaciennes et dans une rivière le lophopus crystallinus : on n’en avait plus vu en France depuis 1926. » Evidemment tout ça nécessite beaucoup de temps et de patience : en juillet 2015, Serge Dumont a ainsi passé une nuit complète au fond de la gravière de Plobsheim avec ses caméras, presque sans bouger, à l’affût des silures et autres poissons. Comme un poisson dans l’eau.

Découvrez une réalisation de Serge Dumont

Crédit vidéo et photo : Serge Dumont

Thématique(s) :
Environnement Patrimoine
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