L’autre langue de l’Alsace
Coup de Coeur Publié le 26 Février 2016

L’autre langue de l’Alsace

A peu près une fois par mois, une centaine de personnes participent aux Tables du Patois organisées le plus souvent dans un des restaurants de Lapoutroie ou de Labaroche, au cœur du pays welche. Objectif : faire la promotion et surtout entretenir la pratique de la langue welche, justement. Le welche késako ? « C’est une langue gallo-romaine, explique Gilbert Michel, un des animateurs de ces Tables du Patois. Ses racines sont à la fois celtes, germaniques, mais essentiellement latines. » Avec le welche, on est en fait bien plus proche du latin que du germain. Mais alors comment expliquer que cette langue se soit développée et ait perduré dans la haute vallée de la Bruche, dans le Val de Villé, à Sainte-Marie-aux-Mines, à Orbey ou à Lapoutroie, à seulement une quinzaine de kilomètres de Colmar ? Deux théories : soit les fonds de vallées ont été repeuplés après la longue guerre de Trente ans par de nouveaux habitants en provenance de Lorraine et des Vosges voisines. Soit, et c’est la thèse que soutient Gilbert Michel, les Germains, au moment des invasions, ne se sont pas aventurés jusqu’au fond des vallées.

Aujourd’hui, selon ses défenseurs on compte encore dans les communes de Lapoutroie, Labaroche, Orbey, Fréland… quelques centaines de locuteurs, qui parlent couramment le welche, et plus ou moins 10% de la population qui le comprennent. Le 17 février dernier, ils étaient 130 à la Table du Patois. Le thème du jour, c’était les petits noms et les surnoms. Le tout en welche, of course. La moyenne d’âge dépassait sans doute les 70 ans, mais il y avait aussi quelques quadras et quinquas, se réjouit Gilbert Michel, et même un homme de 35 ans. Car il est temps, comme pour l’alsacien, d’assurer la relève. Plutôt que de se désespérer, Gilbert Michel relève que le welche est de plus en plus reconnu dans les instances culturelles régionales, qui l’admettent comme une des langues de l’Alsace, au même titre que l’alsacien ou le yiddish.

« Aussi longtemps qu’une langue est parlée, elle n’est pas morte », se convainc Gilbert Michel, auteur de trois livres sur le sujet. Et comptez sur lui pour parler welche : avec ses copains, en poèmes, en chansons ou en blagues… en gogatte, en welche dans le texte.

Crédit photo : Orbey, Vallée de Kaysersberg 

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Patrimoine
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